Comment permettre aux aliments produits au Bénin de trouver leur place dans les assiettes des consommateurs, tout en assurant une meilleure rémunération à celles et ceux qui les produisent et les transforment ? À l’occasion d’une mission au Bénin, des équipes du CFSI et de la Fondation de France sont allées à la rencontre de producteurs et productrices accompagnés par l’Union Départementale des Producteurs de l’Atlantique (UDP-Atlantique). Du riz au soja en passant par le manioc, découverte de solutions concrètes pour faire vivre le « consommer local ».
Ces rencontres ont eu lieu dans le cadre de Terres nourricières, programme porté par le CFSI et cofinancé par l’Agence française de développement (AFD) et la Fondation de France. Elles ont permis à nos équipes d’échanger directement avec les personnes qui portent les projets, de découvrir leur quotidien et d’observer les avancées mais aussi les difficultés rencontrées sur le terrain.
Les initiatives visitées sont soutenues dans le cadre du programme Promotion de l’agriculture familiale en Afrique de l’Ouest (Pafao), porté par le CFSI et la Fondation de France. Elles partagent une même ambition : mieux valoriser les productions locales et permettre aux producteurs et productrices d’en tirer un revenu plus juste.
Du riz béninois pour de nouveaux marchés
Première étape de la visite : découvrir les différents maillons de la filière du riz local, depuis sa production jusqu’à sa transformation et sa commercialisation. Avec l’appui de l’UDP-Atlantique, les producteur.rices sont notamment renforcé leurs pratiques de production et de stockage, tandis qu’un travail a été engagé pour améliorer la qualité du riz transformé et faciliter sa commercialisation. Un enjeu essentiel : créer des liens durables entre producteur.rices et acheteurs. Les producteur.rices ont ainsi été accompagné.es dans la contractualisation avec des entreprises souhaitant commercialiser du riz béninois. Cette démarche commence à porter ses fruits : un accord commercial prévoit notamment une commande de 120 tonnes de riz local. Derrière ce chiffre, l’objectif est simple : offrir aux producteurs des débouchés plus stables et mieux rémunérés, tout en permettant à davantage de consommateurs d’accéder à des produits cultivés dans leur pays.
Transformer le soja pour mieux le conserver
La mission s’est poursuivie auprès de femmes qui transforment le soja. Le lait de soja qu’elles produisent présente un défi important : sa conservation. Accompagnées par l’UDP-Atlantique, les transformatrices ont donc travaillé à sa transformation sous forme de poudre, afin de conserver le produit plus longtemps et de faciliter sa commercialisation. Formations à l’hygiène et au conditionnement, amélioration de la recette, travail sur les emballages, recherche de nouveaux points de vente… plusieurs solutions ont été expérimentées. Les transformatrices se sont également regroupées au sein d’une coopérative centrale, la CADTA, pour mieux organiser la production et la commercialisation de leurs produits. Tout ne fonctionne pas du premier coup. La commercialisation du lait de soja en poudre dans les cafétérias, par exemple, reste confrontée à la concurrence de produits déjà bien installés et à la question des prix. Ces expérimentations permettent néanmoins aux coopératives d’identifier les freins et d’adapter progressivement leur stratégie.
Et si le manioc entrait davantage dans la fabrication du pain ?
Autre rencontre marquante : celle de femmes transformatrices de manioc. Traditionnellement, certaines fabriquent du gari, une semoule de manioc très consommée en Afrique de l’Ouest. Mais sa fabrication demande beaucoup de travail et son prix de vente peut fortement varier. L’UDP-Atlantique les accompagne donc dans une autre voie : transformer le manioc en farine pouvant remplacer une partie de la farine de blé dans certaines préparations.
Dix coopératives réunissant 194 transformatrices sont aujourd’hui accompagnées. Les femmes apprennent à produire une farine de qualité et à l’utiliser dans du pain, mais aussi dans des gâteaux et d’autres produits du quotidien. L’intérêt est aussi économique. Selon les données du projet, la farine de manioc peut être vendue autour de 350 à 400 FCFA le kilo, contre environ 500 FCFA pour la farine de blé. Des boulangers peuvent ainsi incorporer une partie de farine de manioc dans leurs recettes.
Pour les transformatrices, cette diversification ouvre de nouveaux débouchés tout en proposant une activité moins pénible que la fabrication du gari. Elle répond également à un enjeu plus large : valoriser une matière première produite localement et réduire la dépendance au blé importé.
Rapprocher les champs des marchés de Cotonou
Produire ne suffit cependant pas. Encore faut-il pouvoir vendre dans de bonnes conditions. Dans certaines zones rurales difficiles d’accès, acheminer les récoltes vers les villes peut être long et coûteux. Les producteurs sont alors parfois contraints d’accepter des prix très bas pour éviter de repartir avec des produits invendus.
C’est ce que raconte Germaine, productrice de gombo, de piments et de légumes :
« Des fois, je suis prête à six heures du matin avec mes paniers, et c’est à neuf heures que j’arrive enfin au marché. Les prix ont déjà bougé, les autres ont déjà vendu. J’accepte n’importe quel prix pour ne pas rentrer avec ma marchandise. »
Pour répondre à cette difficulté, l’UDP-Atlantique travaille à créer un circuit plus direct entre les producteurs de zones rurales et les commerçantes de Cotonou. Producteur.rices et vendeuses ont ainsi pu se rencontrer pour échanger sur les produits recherchés, les quantités, la qualité attendue ou encore les conditions de livraison. Douze commerçantes particulièrement intéressées ont déjà été identifiées dans plusieurs quartiers.
Pour Germaine, cette mise en relation pourrait changer beaucoup de choses :
« Moi, j’ai déjà ciblé une commerçante à Fidjrossè. On a déjà échangé. C’est ma vie qui change si ça marche. Je veux juste que mes enfants voient que leur mère a réussi à vendre ses légumes à la ville. »
Les premières livraisons doivent encore permettre de tester le dispositif dans la durée. Mais le projet montre déjà combien l’accès au marché est déterminant pour permettre aux agriculteurs et agricultrices de vivre de leur travail.
Soutenir le « consommer local », de la production jusqu’à l’assiette
Riz, soja, manioc, légumes… Derrière la diversité des initiatives rencontrées se retrouve un même défi : construire des filières locales capables de mieux rémunérer celles et ceux qui produisent et transforment les aliments, tout en répondant aux besoins des consommateurs. C’est tout l’enjeu du programme Pafao : soutenir des initiatives qui renforcent l’agriculture familiale en Afrique de l’Ouest et permettent aux produits locaux de trouver davantage leur place sur les marchés et dans les assiettes.
Ces visites de terrain permettent aussi au CFSI et à la Fondation de France de suivre les projets au plus près, d’échanger avec celles et ceux qui les font vivre et de mieux comprendre les solutions qu’ils expérimentent comme les obstacles auxquels ils restent confrontés. Parce que derrière le « consommer local », il y a avant tout des producteurs, des productrices et des transformatrices qui innovent chaque jour pour vivre de leur activité et nourrir leur territoire.
